Grande Loge Nationale Togolaise

LE RITE FRANÇAIS

A la création de l’Alliance Maçonnique Française en avril 2012, l’une des premières préoccupations fut d’effectuer un retour à la tradition qui fonda le Rite Français.
L’autonomie en matière de pratique du Rite dont chaque maison bénéficie au sein de cette Alliance Maçonnique Française est une occasion sans précédent de renouer véritablement avec les anciens usages, de retrouver une pratique proche de celle de nos anciens du Siècle des Lumières, de nos frères Anglais qui se réunirent un jour de la saint jean d’été de 1717 pour former la première Fédération de Loges qu’il baptisèrent Grande Loge de Londres ; ce retour aux sources passait par une identification des aspects syncrétiques ayant insidieusement au cours du temps investi les rituels pour les en débarrasser.
L’objet de cette fiche est de rappeler les grandes lignes de l’histoire de notre rite qui est l’histoire de la maçonnerie française au XIIIème et d’en souligner les caractéristiques qui font son identité.

HISTOIRE DE L’IMPLANTATION DE MACONNERIE EN FRANCE

C’est en 1725 ou 1726 que la Maçonnerie est introduite en France par des émigrés britanniques. Ils apportent avec eux le rituel et les constitutions en usage dans la première Grande Loge dite « de Londres » créée moins de dix ans plus tôt.
La première chose que l’on peut observer est que ces textes anglais qui arrivent sur le continent sont fortement inspirés des textes opératifs et aussi qu’il existe une grande similitude avec les textes écossais dont en particulier, le manuscrit d’Edimbourg de 1696 et le manuscrit Chetwode Crawley de 1700. Cette similitude montre que la rédaction des premiers textes de la Grande Loge de Londres a subi une influence écossais, ce qui n’a rien d’étonnant quand on se souvient que le Pasteur Anderson rédacteur avec le Français d’origine Jean Théophile Desaguliers des premières constitutions de 1723, était originaire d’Aberdeen en Ecosse où, comme son père, il avait été initié.

LE RITE FRANÇAIS HORS DE LA REGULARITE

Le Rite Français va basculer dans la pratique hors de la régularité en 1877 ; année où le Grand Orient, lors de son convent, abandonne les principes fondamentaux de la Maçonnerie de tradition en retirant de la constitution la phrase « la Franc maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme », ouvrant ainsi ses portes à des athées et à des agnostiques au prétexte de la liberté de conscience, mais aussi considérant que les données certaines fournies par l’état actuel de la science devaient être par nous mises à profit. Le Grand Orient semblait convaincu en l’occurrence que l’évolution de la science démontrait plutôt l’inexistence de Dieu ; cette science qui a bondit puisque 74 ans plus tard, le 22 novembre 1951, Pie XII lui fera dire le contraire avec des termes quasi identiques dans un discours qu’il prononcera sur le thème des preuves de l’existence de Dieu à la lumière de la science actuelle de la nature. Face à ce choix non conforme à la régularité, la Grande Loge unie d’Angleterre retire au Grand orient sa reconnaissance en 1879.

LE RITE FRANÇAIS RETROUVE LA REGULARITE

Il faudra attendre un siècle pour voir le Rite Français pratiqué à nouveau dans une Grande Loge dont les Anglais reconnaitront la régularité.
Le renouveau va démarrer en 1955, année où quelques frères du Grand Orient avec à leur tête René Guilly, décident en accord avec le Grand Maître, de réveiller le Rite Français dans la version d’origine. Dans cette perspective ils créent une Loge qu’ils nomment « devoir et raison ». René Guilly se lance donc dans un travail de rédaction pour lequel il s’appuie sur les plus anciens documents connus et sur le régulateur de 1801, mais aussi sur d’autres rites Emulation, RER, REAA. Son objectif est de rassembler toutes les potentialités symboliques de la tradition Maçonnique Française. Ce travail abouti à une Rite nouveau qui fut baptisé ; « Rite Français Rétabli » par opposition à celui en usage au Grand Orient qui, depuis le renoncement à la reconnaissance du Grand Architecte de l’Univers, n’avais plus grand-chose de fidèle aux origines.
Pour autant, on ne peut pas ignorer qu’en voulant rétablir le Rite Français, René Guilly, en s’éloignant du Régulateur, introduit par un assemblage forcement subjectif de contenus de rites dfifférents, un syncrétisme qui laissera des traces très longtemps et dont le Rite Français a aujourd’hui encore, beaucoup de mal à se défaire.
Signalons à titre d’exemple que René Guilly avait adopté un certain nombre de dispositions propres aux « anciens comme par exemple la position des colonnes ou le passage sous le bandeau. René Guilly, accompagné de Roger Girard et d’Edmond Mazet pour citer les plus connus, et quelques autres constituent en 1968, une petite obédience, la Loge Nationale Française (LNF). Ils pratiquent le Rite Français Traditionnelle (à ne pas confondre avec le Rite Français de Tradition fabriqué en Belgique.)
En 1978, ces frères et quelques autres qui les rejoignent, une dizaine en tout, intègrent la GLNF dans la Loge « PERSEVERANCE » du Grand Maître d’alors, Louis-Auguste Derosière. Ils apportent avec eux le Rite Français Traditionnel conçu par René Guilly, mais la GLNF leur demande d’adopter le Rite Français d’après le régulateur de 1801.
Il fonde le 15 juin 1979 la première Loge travaillant au Rite Français au sein de la GLNF : « les anciens devoirs » à l’Orient de Paris, suivie immédiatement de la RL « St Jean Chrysostome », replaçant ainsi le Rite Français dans le concert de la Maçonnerie reconnue dont il était écarté depuis un siècle.
Face aux problèmes créés ces dernières années par gouvernance de la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge Unie s’Angleterre et bien d’autres Grandes Loges dans le monde lui ont retiré leur reconnaissance en 2012 ; reconnaissance qu’elle vient de retrouver il y a quelques mois.

LE RITE FRANÇAIS : SON ESPRIT

La particularité du Rite Français est d’être dans la lignée directe des pratiques de la Grande Loge de Londres, elle-même porteuse des idées de la Royal Society.
Ces idées caractérisent toujours le Rite Français ; elles s’expriment dans le sceau de la simplicité et de l’humilité, de la convivialité et de l’amitié chaleureuse sans pour autant exclure la profondeur spirituelle, comme l’affirmait Edmond Mazet, alors suprême commandeur du Grand chapitre Français : « le Rite français est un Rite dans lequel on fait des choses sérieuses sans se prendre au sérieux » ; rajoutant que de son point de vue les caractéristiques du Rite Français au niveau des rapports humains sont le reflet de certains aspects de sa spiritualité.
Pour lui, et nous partageons totalement son point de vue, la spécificité du Rite Français serait justement de ne pas en avoir. Il développe cette idée en expliquant que le Rite Français n’a pas subi d’influence de facteurs Extra-Maçonnique, et que c’est la nature même de cette influence qui donne à chacun sa spécificité.
Pour lui, le « Rite Français est pour ainsi dire la Maçonnerie à l’état chimiquement pur ». Il ne s’agit pas d’une quelconque supériorité sur les autres Rites, mais d’un simple constat qui permet de répondre à la question de la spécificité du Rite Français.

LE RITE FRANÇAIS : DOCTRINE OU PAS DOCTRINE

Contrairement à d’autres Rites dont c’est justement le fait d’avoir une doctrine affirmée qui constitue leur spécificité, le Rite Français ne revendique aucune doctrine explicite ; la Maçonnerie issue de la Grange Loge des Modernes n’ayant pas intrinsèquement de doctrine c’est tout naturellement que le Rite Français, son héritier direct, n’en a pas non plus. Ce qui ne signifie pas qu’il ne soit pas porteur d’un enseignement.

LE RITE FRANÇAIS : SA SPIRITUALITE

Dire ce qu’est la spiritualité du Rite Français, c’est-à-dire ce qu’est la spiritualité maçonnique elle-même, prise indépendamment des apports qui ont pu être ajoutés dans d’autres rites.
La Franc-maçonnerie est une voie initiatique qui prend sa source dans la tradition judéo-chrétienne, une voie qui n’ignore pas qu’il en existe d’autre, tant au sein de la tradition judéo-chrétienne qu’au sein d’autres traditions.
La particularité du Rite Français en la manière est l’expression d’une humilité spirituelle qui consiste précisément pour le maçon authentique à ne pas se comporter comme s’il était arrivé au but alors qu’il sait parfaitement qu’il est et sera toujours en chemin quel que soit le grade dont il sera pourvu. Cette humilité à laquelle invite le Rite Français repose sur un fondement très simple : la paternité d’un Dieu qui se révèle aux hommes et établit avec eux une relation de père à enfants instituant ainsi entre eux tous égaux par sa volonté, une relation de fraternité. Cette fraternité ne se limite pas aux maçons, mais s’étend à toutes les personnes humaines.
Cette fraternité spirituelle des hommes, cette paternité de Dieu qui en est le fondement sont enseignées dès le grade d’apprenti. Les autres grades qu’ils soient symboliques ou de sagesse apportent un complément qui se situe sur le plan de la connaissance. Cette connaissance qui est visée par l’enseignement initiatique de la maçonnerie est essentiellement, la connaissance d’un Dieu que les maçons appellent G.A.D.L’U.
Parce qu’il leur apparaît d’abord comme créateur d’un monde ordonné. Mais il est aussi connaissance d’une manière intime, par l’illumination qu’il dispense à la partie la plus spirituelle de chaque être créé en quête du devin.

LE RITE FRANÇAIS : UN RITE CHRETIEN, CERTES ! MAIS OUVERT A TOUS

Sans trahir de secret et parce qu’il est bon que le sachent, quel que soit leur grade, nul ne doit ignorer que le dernier des sept grades du Rite Français, celui de chevalier Rose-croix, est un grade chrétien par son contenu ; ce qui pose naturellement la question de la réception au Rite Français de profanes d’autres religions.
S’il est difficile d’apporter une réponse simple à cette question, il faut en premier lieu rappeler que le Rite Français n’existe pas de ses membres de profession de foi chrétienne ; d’autre part, sans ignorer les difficultés que ce grade peut éventuellement présenter pour les non chrétiens, l’universalité de son contenu spirituel essentiel fait qu’il peut être reçu par eux, sans qu’ils soient pour cela obligés de renoncer à leur propre religion.
Aussi il appartient aux parrains d’un candidat non chrétien de le prévenir et de juger s’il est apte à recevoir, en tant que fidèle de sa propre religion, l’enseignement spirituel véhiculé par l’ensemble du Rite Français.
Dans cet esprit, le volume de la sainte loi sur lequel le profane non chrétien prêtera son serment sera le livre propre à sa foi, et le Rite Français sera alors totalement fidèle aux principes définis par la Grande Loge de Londres il y a 300 ans.

CONCLUSION

Comme l’écrivait Roger Girard ; « Le Rite Français est une synthèse remarquablement pensée et écrite des aspects les plus valables de la maçonnerie du XVIIIème siècle quintessence de l’esprit maçonnique français fut nourri par la Maçonnerie anglaise des Modernes qui sut si bien s’approprier les valeurs morales et spirituelles prônées par royal society !
Comme l’histoire le montre, le Rite Français est un rite placé sous le sceau de la simplicité, son message d’amour s’adresse au cœur de l’homme et à son âme et c’est seulement dans la plus grande humilité, à l’exemple du Sage, que l’homme peut le recevoir.
Mais aussi simple soit-il c’est dans un esprit déterminé à discerner clairement l’essentiel de l’accessoire que le Maçon du Rite Français doit s’appliquer à l’étude des rituels dont la fonction principale est de véhiculer l’enseignement spirituel du rite. Dans ce domaine il doit distinguer ce qui n’est qu’usages protocolaires et dispositions administratives, pour ne pas s’égarer dans les détails qui font souvent perdre de vue le sens de l’ensemble.
Pour Edmond Mazetrien n’est plus contraire à l’esprit du Rite Français que de toujours vouloir trouver dans les moindres détails des significations symboliques profondes, démarche vaine qui a souvent pour effet de conduire à des discussions sans fin sur des aspects totalement accessoires qui, non seulement n’en valent pas la peine, mais qui trop souvent occultent l’essentiel de l’enseignement initiatique du Rite Français !